LA DENTELLE DE NEUCHÂTEL


Invention de la Renaissance à Venise, la dentelle à l'aiguille, puis aux fuseaux, s'est répandue rapidement au nord des Alpes.

Dès le XVIème siècle, la dentelle aux fuseaux est pratiquée au Pays de Neuchâtel, tout d'abord sans "piquée" (le carton dessiné sur lequel travaille la dentellière), comme cela se pratique encore dans certaines vallées des Alpes françaises et italiennes.

 

Piquée signée Louis-Constant Lebet, vers 1830. MCV 6871 P.

Au XVIIIème siècle apparaît la dentelle "à fond" (réseau de mailles fines sur lequel se détachent les motifs), probablement amenée par les réfugiés huguenots de Normandie après la Révocation de l'Edit de Nantes en 1685.


Dentelle à fond clair. MCV 12204 B.

Dès le XVIIème siècle, l'abondante production de dentelle neuchâteloise est exportée en quantité, en France, en Italie, en Espagne, en Allemagne et jusqu'en Amérique. De nombreux fabricants exportateurs ont des comptoirs de vente à Lyon, et des voyageurs qui parcourent à l'année la France et l'Italie.

Le Val-de-Travers et les Montagnes neuchâteloises sont les régions de production de la dentelle. Presque toutes les femmes y travaillent à domicile pour des fabricants qui créent et protègent jalousement leurs modèles. Certains fabricants ont des centaines d'ouvrières, comme par exemple Mélanie Montandon du Locle qui occupe près de 800 personnes vers 1830.

Au dernier tiers du XVIIIème siècle, on recense six fois plus de dentellières que d'horlogers. C'est la dentellerie qui a ouvert le chemin de l'exportation à l'horlogerie neuchâteloise.

Après 1840, les changements de la mode et l'invention de la dentelle mécanique ont ruiné cette activité. Vers 1860, il n'y a plus de dentellières neuchâteloises.

La dentelle de Neuchâtel est faite d'un lin très fin, les motifs y sont sertis d'un réseau de points très serrés (jusqu'à 50 épingles soit 50 entrecroisements de 4 fils au centimètre carré)!

Au début, c'est le fond "tulle double" et le fond "à la vierge" qui sont utilisés. Mais dès la seconde moitié du XVIIIème siècle, c'est le "fond clair" (ou point de Lille) qui apparaît, plus rapide à exécuter, et qui met mieux en valeur les motifs du dessin. Au début du XIXème siècle, on trouve 90% de fond clair et 8-9% de fond au point de Paris.

 

Entoilage à fond double, vers 1770. MCV 12065. Entoilage avec fond à la vierge XVIIIe siècle. MCV 10122.

 

 

Dentelle à fond au point de Paris. MCV 12208 C.

Quant à la qualité de cette dentelle, le Dictionnaire Universel du Commerce, publié en 1723, écrit à l'article "Neuchâtel" :
"Les dentelles se travaillent en grande quantité dans les Montagnes, et il s'en fait un débit prodigieux au dehors. On a poussé la perfection de ces ouvrages à un degré tel qu'ils vont de pair avec celles de Flandres pour la beauté, et les surpassent de beaucoup en qualité."


Entre 1770 et 1880, on a fait, à côté de la dentelle de lin, des "blondes", des dentelles de soie très belles, dont les motifs sont remplis d'une soie floche très brillante.

Blonde (dentelle de soie). MCV 5010 U.

 

Marie-Louise Montandon

 

Les images sont tirées de :
"La Dentelle de Neuchâtel", M.-L. Montandon, Editions le Roset, ISBN 2-940162-04-2
"Dentelles de Neuchâtel - De la production à l'exportation", M.-L. Montandon, Editions le Roset, ISBN 2-940162-10-7, Editions Gilles Attinger, ISBN 2-88256-181-4

 

 

 

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